Carta List a Karl Alexander von Sachsen-Weimar. Zürich, 10 Novembre 1856. F. Liszt.

 Pour l'honneur et l'intérêt de la protection que Votre Altesse Royale accorde aux beaux-arts, comme pour l'honneur de l'initiative et de la préséance que j'ose vous prier de revendiquer et de maintenir pour Weymar en ces matières, selon la mesure du possible, il me semble non seulement convenable, mais nécessaire et comme indispensable que les Nibelungen de Wagner soient représentés en premier lieu à Weymar. Cette représentation n'est sans doute pas une chose toute simple et aisée ; il faudra prendre des mesures exceptionnelles, comme par exemple, la construction d'un théâtre et l'engagement d'un personnel ad hoc conformément aux intentions de Wagner ; des difficultés et des obstacles pourront se rencontrer, mais à mon sens et tout bien examiné, il suffira que Votre Altesse Royale s'attache à le vouloir sérieusement pour que les choses se fassent comme d'elles-mêmes. Quant au résultat matériel et moral, je ne crains pas de me porter garant qu'il sera de tous points tel que Monseigneur aura lieu d'en être satisfait.

L'œuvre de Wagner, dont la moitié se trouve achevée et qui sera complètement terminée dans deux ans (l'été 58), dominera cette époque comme le plus monumental effort de l'art contemporain ; c'est inouï, merveilleux et sublime. Combien donc ne serait-il pas à déplorer que les considérations mesquines de la médiocratie, qui dans certaines circonstances règne et gouverne, parviennent à l'empêcher de luire et de rayonner sur le monde ? Permettez-moi de croire fermement qu'il n'en sera pas ainsi et que Votre Altesse Royale n'hésitera pas dans l'accomplissement de la noble tâche qui lui est dévolue.

Depuis une huitaine de jours, une maladie peu grave mais fort ennuyeuse me retient au lit, d'où j'écris ces lignes pour ne pas retarder davantage l'expansion d'un sentiment qui prédomine toute autre idée. Il me faudra encore une dizaine de jours pour être à peu près sur pied ; vers la fin du mois je compte être de retour à Weymar. J'y reviendrai plein de confiance dans la bonté de Votre Altesse Royale à mon égard, plus disposé que jamais à travailler et à bien la mériter, s'il se peut, en servant vos intentions, Monseigneur, et demeurant très sincèrement

Votre très dévoué et reconnaissant serviteur

Zürich, 10 Novembre 1856. F. Liszt.

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